BrightonLe 20 avril 1882,

Bonjour et Bienvenue à toutes et à tous sur le blog du projet "Correspondance d'Autrefois". L'aventure commence avec 23 participantes, un magnifique panel de 27 personnages et 15 passionnantes correspondances à suivre...
Au moindre soucis, vous pouvez nous laisser un message ici, sur nos blogs: Eiluned (Le Dévore Tant...) et Alice (Jane Austen is my Wonderland) ou par mail.
A très bientôt pour suivre toutes ces belles lettres...
BrightonLe 20 avril 1882,
Peacington, le 03 mai
Chère Mary,
Je m’empresse de reprendre la plume pour répondre à votre pli enjoué qui me fit tant plaisir !
Votre passion pour la musique transcende vos pages et rejaillit sur Peacington. D’ailleurs depuis peu les filles se sont ardemment mises à la pratique du piano-forte, surtout Lizzie. Quel bonheur !
Je suppose que depuis votre dernière lettre vous avez donné le récital dont vous m’entreteniez. Comment était-ce ? Quel accueil a reçu votre prestation ? Que j’aurais aimé entendre de nouveau votre musique !
J’espère que vous pourrez nous rendre visite et nous donner la joie de vous entendre jouer.
Pour ma part ces dernières semaines ont été très éprouvantes en raison de la maladie de Mr Fairmore et du départ de miss Scoldy ! Mais laissons là les tracas. Miss Beaming m’a fait la joie de me ramener de Londres un ouvrage fort intéressant, une pièce de théâtre espagnole d’un certain Calderón, La vie est un songe. Je vous la conseille vivement : cette œuvre m’a fait penser à vous et nos discussions philosophiques sur les songes. J’espère que vous pourrez en trouver une copie traduite et que vous m’entretiendrez de cette lecture si d’aventure vous vous la procurerez!
Je ne sais si vous êtes au courant mais Mr Fairmore a reçu la visite de votre sœur Elizabeth et de son mari. Une visite fort agréable !
J’espère que cette courte lettre trouvera la plus douée des musiciennes de Longbourn en excellente santé. Je ne puis malheureusement vous écrire plus longuement car me voilà bien débordée en cette semaine. Sachez que je me rattraperai dans mon prochain pli !
Bien affectueusement,
Cinnamon Strong
La Valette, le 30 avril 1835
Chère Mademoiselle de Gabeni,
Me voici de retour dans la demeure familiale, après un rapide voyage chez mon oncle bien-aimé, le frère cadet de feu ma mère, dont l’Abbé Verneuil vous a peut-être parlé. J’ai dû m’absenter en urgence, appelé par la gouvernante d’Oncle Louis, qui s’inquiétait fort de sa santé. Il faut dire que le pauvre homme, bien qu’encore peu âgé, est déjà bien fatigué par la vie. Il faut avouer aussi qu’il a sans doute, comme on dit, brûlé la chandelle par les deux bouts. En effet, infatigable voyageur, ne tenant pas en place, curieux de tout, avide de rencontres et de découvertes, il a passé la plus grande partie de sa vie dans des contrées lointaines, et notamment en Egypte, pays dans lequel il a vécu de nombreuses années, à exercer divers métiers et commerces, puis comme assistant du professeur Champollion, avec lequel il a participé à la grande aventure du déchiffrage des hiéroglyphes. La mort de Champollion il y a trois ans l’a fortement abattu, de même qu’une autre disparition, une femme qu’il aurait aimée là-bas, et avec laquelle il aurait vécu hors liens du mariage.
Fort heureusement, il n’allait finalement pas si mal que cela et nous avons donc passé beaucoup de temps à trier ses papiers, classer ses archives, et parlé de sa vie, et de la mienne. Peut-être savez-vous par l’Abbé que c’est chez lui que je me réfugiai l’année dernière, quand mon avenir me semblait si noir et bouché. Ce fut lui aussi qui me fit entendre raison après mon escapade, et qui raconta à ma famille une version des faits qu’ils étaient capables d’entendre… Il me sauva donc la mise, et la réputation, à défaut de pouvoir changer le cours de mon existence. J’ai donc pour lui un attachement infini et une reconnaissance éternelle, car je suis certaine qu’un autre que lui se serait donné à cœur de salir ma réputation s’il avait su les détails de ma fuite…
Bref, me voici de retour, le cœur léger de le savoir en bonne santé, et d’avoir pu discuter de longues heures avec lui. J’ai tendance, voyez-vous, à écouter et suivre ses conseils, même s’il faut dans le cas présent que je me fasse violence.
Mais je m’égare et je m’épanche alors que nous ne nous connaissons pas encore, cela est tout à fait incorrect de ma part, et ne fait pas partie de mes usages, croyez m’en ! Il faut dire que votre lettre, charmante et fort bien tournée, m’a tout de même plutôt surprise et même un peu inquiétée… Je ne doute pas un seul instant de la discrétion de l’Abbé Verneuil, qui, en tant que mon confesseur, a bien évidemment eu le récit de toute l’affaire (bien qu’à mes yeux, il n’y ait pas vraiment eu « faute », mais c’est plutôt ce qu’en dirait l’opinion et le qu’en dira-t-on qui cataloguerait les faits comme une faute, encore faudrait-il que ceux-ci soient au courant de tout !).
Non, ce qui m’inquiète, ce sont plutôt ces rumeurs dont vous parlez, et qui plus est, seraient allées jusque dans votre lointaine contrée ! Fasse le ciel qu’un jour les nouvelles ne circulent pas plus vite que les hommes, à la vitesse de la pensée, ou pourquoi pas celle de la lumière ? Que deviendrions-nous donc ?
Je pensais mon secret bien gardé, mais n’est-ce pas le lot de tout secret d’être répété… Je vais donc, même si nous n’avons à ce jour pas eu l’occasion de faire connaissance, devoir vous dévoiler un peu de mon histoire, afin que l’opinion que vous vous ferez de moi se base sur des faits précis, tels que je les ai vécus, ressentis, plutôt que sur des racontars malfaisants.
En effet, votre seule lettre me porte à vous accorder mon amitié et ma confiance, de même que vos derniers mots : ainsi, vous auriez souffert autant que moi !
Commençons donc par le commencement. Depuis ma tendre enfance, j’ai passé de nombreuses heures à jouer, puis à travailler sous l’œil sévère de précepteurs, avec le fils de notre jardinier allemand, Johann. Nous avions le même âge et, lorsque nous étions enfants, rien ni personne ne pouvait nous séparer. Cependant, en grandissant, mes parents, et notamment ma mère, commencèrent à trouver cette amitié déplacée. Impossible pour eux d’admettre qu’une jeune aristocrate continue à frayer avec le fils d’un domestique, aussi bien élevé et charmant soit-il. Ainsi sont, et vous devez le savoir autant que moi, les traditions de notre milieu qu’il est difficile, voire dangereux d’enfreindre.
Mais j’étais jeune, et têtue. Aussi Johann et moi continuions à nous voir, en cachette cette fois-ci. Nous pouvions passer des heures à parler de nos lectures, de ce qu’on m’enseignait (car lui avait dû cesser de participer à mes cours pour apprendre le métier de son père), de nos désirs, de l’avenir qui s’ouvrait à nous, et que, dans notre innocence, nous imaginions aisé et heureux… Nous avions pris l’habitude de converser en allemand et c’est ainsi que je devins totalement bilingue en un temps record. Ce qui éveilla la curiosité mauvaise de mon frère, qui nous espionna et rapporta derechef à ma mère nos rencontres secrètes, en ajoutant sans doute quelques détails de son cru, puisqu’elle entra dans une colère noire et que je fus dans la semaine envoyée dans un pensionnat pendant que Johann était renvoyé dans sa famille, au pays.
C’était sans compter sur la solidité de nos liens et, grâce à la complicité d’une femme de chambre, nous pûmes échanger des lettres, qui, vous vous en doutez, devinrent, du fait de l’éloignement et du manque que nous avions l’un de l’autre, de plus en plus tendres… Nous planifiâmes de nous revoir en cachette. Mon bon oncle Louis me servit d’alibi, à son insu et Johann et moi nous retrouvâmes dans la belle ville de Lyon, atteinte après maintes péripéties.
Mais mon frère, encore lui, soudoya je ne sais comment notre entremetrice secrète (ou la menaça, je ne sais) et révéla aussitôt à mes parents toutes les lettres reçues que je croyais bien cachées, et aussi la date et le lieu de nos retrouvailles programmées. Et c’est ainsi qu’au soir de notre première journée lyonnaise sur les trois prévues, nous fûmes attendus devant l’auberge que Johann avait choisie par mon père et mon frère. Notre jardinier fut renvoyé illico et je fus ramenée, désespérée et en larmes, pour être enfermée à La Valette comme une criminelle.
Un choix me fut proposé : devenir derechef la dame de compagnie d’une vieille parente, que je détestais, ou bien accepter avec reconnaissance le mariage qu’on me proposait. C’est à cette période que je me réfugiai chez mon oncle bien aimé, qui ne me tint pas rigueur de l’avoir abusé, et qui me conseilla de me soumettre en acceptant le mariage, dans lequel, m’assurait-il, je pourrais trouver certainement certains agréments, voire de la félicité, et tout du moins plus de liberté qu’en tant que dame de compagnie. C’est à cette époque également que mourut ma mère, avant que nous n’ayons pu nous réconcilier…
Et c’est ainsi qu’on me fiança (me vendit ?) à un certain Rodolphe, industriel du Nord, que je dois à mon grand désespoir épouser cet été…
Mais je parle, je parle, et ne vous ai même pas confirmé l’accord de mon père pour céder à la Comtesse de Mervent les ouvrages qu’elle souhaite. Les documents nécessaires seront prêts sous peu. J’implore votre pardon pour m’être ainsi épanchée si longuement et j’ose croire que vous ne m’en tiendrez pas rigueur. Pardonnez aussi cette missive bien peu présentable… Et recevez mes salutations les plus cordiales.
Dans l’attente de vous lire,
Votre lettre m’a plongée dans l’angoisse. Aussitôt, j’ai imaginé les plans les plus décousus pour essayer de vous sauver de la piètre situation dans laquelle vous êtes. J’ai expressément demandé à père que vous veniez passer quelques temps à Londres avec moi, et j’ai eu beau me montrer la plus aimable et la plus convaincante possible, allant jusqu’à dire qu’avec vous, les bals me seraient très attrayants (imaginez jusqu’où j’étais prête à aller !), rien n’ y a fait.
Je suis désolée de vous dire que j’y vois là l’œuvre de nos deux pères réunis. Ils se sont, semble t-il, unis en une association de circonstance que je qualifierais de malfaiteur s’ils n’étaient pas des gentlemen, pour nous conduire tout droit vers le lieu maudit qu’est l’autel ! Moi qui me réjouissais d’avoir revu mon oncle, voila que ma joie est bien gâchée. J’ai bien sûr était ravie de le voir en bonne santé, et de pouvoir lui remettre quelques présents pour votre sœur et vous, mais je déplore qu’il s’entende si bien avec père au sujet du mariage.
Après ce premier plan sans succès, je me suis renseignée sur votre fameux lord Henry, et je crains qu’il ait une réputation sans tâche. Mais ne vous inquiétez pas, Edward et Nathaniel s’allient à notre cause, l’un par amitié, l’autre par ennui, et ils vont tenter d’enquêter un peu plus en profondeur si cela est possible.
J’ai également imaginé que nous aurions pu faire courir des rumeurs sur vous, ou sur votre prétendant, mais dans les deux cas, les conséquences pourraient être fort fâcheuses. Si elles étaient sur vous, vous vous seriez privée de la possibilité, certes réduite, de faire un mariage d’amour, et si elles portaient sur Lord Henry, et que ce jeune homme s’avère vraiment n’être qu’ennuyeux et compassé, ce serait peut être trop cruel envers lui. J’avoue que je suis très honteuse de ne pouvoir vous aider davantage, mais nous autres femmes avons les mains liées…
J’en viens à l’autre point qui a retenu mon attention dans votre charmante lettre. Votre sœur aînée. Je n’avoue avoir que peu de souvenirs d’elle puisqu’elle était bien souvent absente quand je vous ai rendu visite. Néanmoins, je m’étonne des banalités que vous a révélées sa lettre. Aurait-elle quelque chose à vous cacher ? Essaierait-elle de vous ménager en ne vous parlant que de choses du commun ? J’espère que tout cela ne cache pas un malaise profond, et que votre sœur n’est pas non plus devenue une personne sans intérêt qui ne parle que de fêtes et de banalités dans ce genre. Son séjour vous en apprendra plus sur la question, le doute n’est pas permis, et peut être que sous couvert de passer plus de temps avec votre soeur vous pourrez échapper un peu à votre prétendant.
Mais voici la partie de la lettre qui me répugne le plus. Parler d’Emily. Vous savez que je devais rencontrer la possible fiancée de James.
Je la recevais pour le thé, dans le petit salon que nous réservons aux amis les plus intimes, et elle vint accompagnée de sa sœur cadette Iris.
Je vous brosserais d’abord un portrait physique des deux demoiselles avant de vous parler de leur caractère. Emily est une délicate et frêle créature aux cheveux blonds et bouclés, et aux joues artificiellement roses.(Quand je l’embrassais, j’éternuais à cause de l’odeur poudrée qui se dégage de son visage) Elle a la taille très fine, et à la difficulté qu’elle avait parfois à respirer, je soupçonne qu’elle porte son corset trop serré par coquetterie. Elle semble affectionner les tenues très élaborées, et sa robe croulait tellement sous les fanfreluches que s’en était presque indécent. Ses poses sont affectées, elle use souvent d’un éventail malgré la fraicheur de la saison et il n’y a rien de naturel en elle. Chacun de ses mouvements est dûment pensé, réfléchi, et je l’imagine très bien s’entraîner devant le miroir jusqu’à parvenir à un résultat satisfaisant.. Il y a quelque chose de très vain qui se dessine de sa personne, et si les hommes doivent volontiers succomber, je gage que toute femme un peu subtile devine rapidement son caractère (Dois-je préciser que mon frère me déçoit?). Sa sœur, elle, est une très jolie fille, pas d’une beauté commune certes, mais ses cheveux châtains ont de jolis reflets blonds, elle a les yeux plus bleus qu’Emily et son visage est tout en douceur. Plus discrète dans son habillement elle est néanmoins élégante et raffinée. Ses manières sont franches, mais aimables, et elle semble être plutôt accomplie, bien que j’apporte peu d’importance à la capacité de broder divinement bien ou d’être virtuose au piano.
De par ma description, vous aurez tout de suite compris quelle sœur des deux je préfère. J’ai tout de suite adopté Iris, que j’aimerais avoir comme amie, mais pour Emily, c’est une autre histoire. Elle ne s’est jamais enquis de mon frère et quand il est venu nous faire une petite visite, c’est le visage d’Iris qui s’est illuminé, et non celui de sa sœur. Je soupçonne que l’intérêt d’Emily soit purement stratégique, et au vu des relations froides que j’ai cru deviner entre elles deux, elle doit ajouter un peu de méchanceté envers sa sœur en conquérant mon frère. Si Iris n’était pas intéressée par James, il me semble qu’Emily ne le serait pas non plus. Bref, l’avoir comme belle sœur me semble impossible, et je vais m’efforcer d’ouvrir les yeux de James là-dessus.
Peut être ais-je la fâcheuse manie de me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais je ne voudrais pas que mon frère, une fois marié, se rende compte qu’il a épousé la mauvaise sœur, et qu’il soit malheureux toute sa vie. James est un homme trop entier et honorable pour tromper sa femme, qui qu’elle soit, et je crains qu’il se dirige vers une vie amère s’il continue dans cette voie. Voilà que je vais bien être occupée ces prochains jours, entre me soucier de vous et de Lord Henry, et tenter de ramener mon frère à la raison… En outre, puisque ma mère n’est plus de ce monde, et malgré le fait que mes frères soient plus âgés que moi, je me sens le devoir de jouer son rôle auprès d’eux.
Comme je le craignais, avec mon retour à Londres, je me dois d’assister à des bals, et comme la saison vient de reprendre après la pause pascale, j’ai fait mon entrée dans le monde. J’avais été présentée il y a quelques mois à la cour, mais j’avais jusque là eu le privilège d’éviter le reste des mondanités grâce aux événements que je vous contai dans ma première lettre.
Pour mon premier bal, père m’a remis les bijoux de mère, et à voir son air si ému, je n’ai pas pu m’empêcher de me promettre de bien me comporter cette fois au moins. Aussi ais-je été la plus sage et la plus obéissante des filles. Je me suis laissé habiller et coiffer comme une poupée par ma domestique, et j’ai suivi sans rechigner mes frères et leurs amis, tandis que Père, qui ne goûte pas les mondanités, nous regardait partir avec émotion. Suis-je aussi horrible que cela en ne voulant pas lui faire plaisir et en aspirant à vivre ma vie comme je l’entends ? Je me demande parfois si je ne suis pas un monstre d’ingratitude.
Les amis de mes frères sont à leur image, ceux de James sont sérieux et désireux de fonder une famille, et ils n’ont pas passé la soirée entre notre compagnie, ceux d’Edward sont plutôt infréquentables, ou du moins, m’a-t-il dit « Je vous estime trop ma chère sœur pour laisser un de ces goujats vous approcher . » Je crois qu’ils doivent être débauchés… Non, de tous les gens que je côtoyais, j’appréciais le plus la compagnie de Miss Saint James et de son frère William, le meilleur ami de Nathaniel. Miss Saint James est une lettrée, et ne fréquente les bals que pour, selon elle, étudier le comportement de ses contemporains. Quant à son frère, il est réservé, mais aimable et intéressant, et m’a traité comme si j’étais un vieil ami, et non pas une jeune fille à marier, ce que j’apprécie tout particulièrement. Nous avons eu des conversations passionnantes sur les romans à la mode, et sur la bêtise de certaines règles de la société.
Pourtant, il a bien fallu que je danse, et mon carnet de bal fut bien vite rempli, à mon grand étonnement. Il semble que l’attrait d’une nouvelle personne, même à Londres qui regorge de jeunes filles esseulées, soit des plus forts. Aussi, ais-je subi les ineptes conversations qui semblent être le commun des danseurs, et ait fait la connaissance de beaucoup de célibataires en mal d’épouses. Je songe à écrire à ma tante de venir avec ses filles, elle devrait trouver facilement à les marier, et avoir encore plus de concurrence me serait un plaisir certain.
Voilà ma chère cousine, j’ai vécu les vertiges d’une soirée, et je crains de vous dire que je ne suis pas digne d’une héroïne et que nul jeune homme n’a fait la conquête de mon cœur. Ils se ressemblent tous à mon sens. Discutant de choses insipides, faisant des compliments dénués de sincérité et tournés toujours pareillement, à croire qu’ils sont tous sortis du même moule… Je suis un peu déçue je crois, et je dois paraître bien amère, mais il me semble qu’une infime partie de moi espérait quelque chose de cette fameuse entrée dans le monde dont on me parlait tant.
Alors certes, je n’ai pas eu l’occasion de fréquenter tous les Lords de Londres, et comme me l’a dit Iris, à qui je racontais le lendemain ma déconvenue alors que nous nous promenions au parc, il me reste encore beaucoup de familles avec qui lier connaissance. Cette fille me semble être une grande naïve dans l’âme, et m’a dit être persuadée que chacun a une personne qui lui est destinée. Pense t-elle que James l’est pour elle ? Je n’ose lui poser de questions à ce propos, mais je me suis promis si cela se révèle être vrai, de tout faire pour qu’il finisse par l’aimer en retour.
Me voilà prête à jouer les marieuses, moi qui ait toujours méprisé celles qui le font ! La vie vous joue des tours bien pendables…
Je vous abandonne sur ces mots, chère Fanny, en souhaitant que ma lettre vous trouve, vous et vos proches, en parfaite santé.
Avec toute mon affection,
Constance.