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Bonjour et Bienvenue à toutes et à tous sur le blog du projet "Correspondance d'Autrefois". L'aventure commence avec 23 participantes, un magnifique panel de 27 personnages et 15 passionnantes correspondances à suivre...


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A très bientôt pour suivre toutes ces belles lettres...

Affichage des articles dont le libellé est Catherine-Eugénie de Gabeni / Aliénor Boissieu de la Valette. Afficher tous les articles
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25 oct. 2011

Des présents pour Eugénia


Le 21 octobre 1835

Très chère Eugenia,

... des cadeaux qui j'espère vous plairons... Il y a de quoi boire, manger, lire, se faire belle, sentir bon, écrire... et ranger notre correspondance. Je pars en vacances et j'espère pouvoir en profiter pour répondre à votre longue et délicieuse missive.
Joyeux Anniversaire !

Avec toute mon amitié,
Aliénor
































Chère Aliénor,


Je vous remercie infiniment pour votre délicate attention. Elle m'a comblée !
J'apprécie tout... Les lectures, le bracelet en organza, la petite bougie aux senteurs de cire, les friandises de Lille au nom de Babelutte, le thé parfumé, poudré, dans son récipient à pois, les marques-page, le chocolat au lait aux noix de pécan, une jolie bourse dans laquelle je mettrai des pétales de fleurs, des gaufrettes à déguster avec mon thé, un crayon, et un très beau cahier pour m'épancher intimement...

Je vous réponds bientôt... et recevez chère amie des baisers très joyeux.
Eugénie


















10 sept. 2011

Deuxième lettre d'Eugénie à Aliénor


Bois-Doré, le 9 septembre 1835


Chère Mademoiselle Beaulieu,

C’est avec beaucoup de retard que je réponds à votre lettre. Je ne suis arrivée dans le Berry que depuis deux jours et notre gouvernante, Bonne Germaine, ne m'a remis vos courriers que ce matin. Il faut préciser pour sa défense, que j'ai sommeillé pratiquement vingt-quatre heures d'affilées, ne me réveillant que pour me sustenter.

Durant le mois de mai, nous étions partis à Marseille réceptionner des plantes d’une extrême rareté, en provenance d’Asie.
Madame la comtesse de Mervent, comme je vous l’indiquais dans ma première missive d'une façon assez sommaire, est passionnée par les fleurs, les plantes en tout genre, voire même du simple lichen. L’année dernière, son neveu, le marquis de Blaze est parti pour un périple culturel et philanthropique, jusqu’en Chine, en empruntant la route de la soie. Tante et neveu sont des collectionneurs. L’une recherche les végétaux de toutes contrées, de l'archaplastida aux chlorophytes
, l’autre est passionné par la civilisation chinoise et a ramené des curiosités de toutes beautés.

Après avoir préparé avec méticulosité l’acheminement, nous avons confié les « bébés » de Madame à une équipe de cinq convoyeurs, chapeautée par notre chef jardinier. La chose ne fut pas aisée, mais nous avons eu le secours des autorités portuaires pour les opérations de douane et l'aide précieuse de Monsieur le Préfet pour nous soulager de toutes les formalités administratives. Savez-vous que certaines plantes sont enveloppées dans du papier de soie, de la mousseline la plus légère, à la ouate la plus naturelle qu'il y ait sur le marché ? Je me plais à souhaiter parfois, par pure mesquinerie, que cette folie fasse fondre l'héritage des Mervent. Ah ! Ce cher marquis de Blaze serait un peu moins hautain ! Il peut être parfois d'une condescendance qui m'outrage, et son mépris s'arme d'aiguillons ironiques qui blessent ma fierté. Enfin, il est heureux que nous nous côtoyâmes que quelques semaines dans l'année. Plus, serait une gageure surhumaine.

Je vous disais donc que le joli mois de mai fut provençal. Nous avons profité de ce voyage pour pénétrer dans les terres des Alpes de Haute-Provence. Nous avions eu écho à Aix-en-Provence, qu'un parfumeur de Grasse allait chercher son essence de lavande, chez un particulier du plateau de Valensole. Aussitôt, connaissant les vertus de cette lamiacée, Madame la comtesse voulut s'y rendre en personne. Quelques pieds de cette plante faisaient défaut à son catalogue, et il les lui fallait ! Sur les routes pierreuses et accidentées du Luberon, la voiture ne pouvant circuler, il a fallu que nous montions sur des mules. Nous avons eu l'honneur d'être escortés jusqu'à Manosque par Monsieur Delacroix que nous avions croisé sur le port de Marseille, à son retour de Tanger. Nous avons eu beaucoup de plaisir à le rencontrer. Très admiratif de notre voisine la baronne Dudevant, il a voulu que nous lui racontions ses dernières frasques. Avez-vous eu l'opportunité de lui être présentée ? Je sais qu'elle défraie la vie parisienne et depuis qu'elle a pris le pseudonyme de George Sand, ose porter des pantalons et peut-être fumer le cigare... Oui, chère Mademoiselle ! Elle se permet des plaisirs masculins !... La dame de Nohant est follement divertissante. Vous choquerais-je ? Je ne le pense point ! J'ai lu entre vos lignes une âme sœur et une rebelle à notre condition.

Alors, nous avons cheminé, bringuebalant aux pas cadencés de nos montures, sur les sentiers aux senteurs de maquis, en bordures des gorges du Verdon, jusqu'à un magnifique petit village, Mostiers Santa Maria. C'est une crèche. Un adorable berceau entre deux montagnes. Là, Monsieur le marquis a eu une illumination ! Sincèrement ! Il a été subjugué par les faïences et la pure blancheur de celles-ci. A croire qu'il voulait se reconvertir dans la poterie !

Vous devez vous demander si Madame la comtesse a effectuer cette expédition dans de bonnes conditions ? Notre guide lui avait confectionné une scelle bien rembourrée et nous a aménagés des temps de délassement à chaque source naturelle. L'eau était cristalline et certainement magique car ma vieille amie ne paraissait plus ses cinquante années. Je suivais lamentablement une jouvencelle ardente. Je vous avoue qu'à un moment, j'ai soupçonné les fleurs que notre guide lui offrait tous les matins en bouquet. Madame la comtesse enfouissait son nez dans les herbes sauvages et en humait leurs fragrances avec frénésie. Ah ! Monsieur le curé aurait été tout ébahi de voir son amie se comporter ainsi. Je n'ai jamais eu l’outrecuidance de demander des comptes. J'avais peur de déceler dans le regard de cet homme rustre, de la lascivité ou seulement un brin de moquerie. Comment aurais-je pu dire ? Ne vous gaussez pas de moi Mademoiselle ! Je vous entends d'ici. Imaginez... « Monsieur, auriez-vous l'amabilité de me donner les caractéristiques médicinales de ces plantes stimulantes ? »... Fallait-il que je lâche le mot « aphrodisiaque » ? Mademoiselle, j'espère que cette correspondance sera cadenassée dans un coffret intime, sinon, j'arrête sur le champ ces errances si peu innocentes ! Mais aux souvenirs de ces vacances pittoresques, mes mots se souviennent et en rient encore.

Je reprends le cours de mon journal... En fin de journée, notre route était balisée d'auberges ou de fermes qui abritaient le temps de notre nuitée, notre petite délégation, à savoir, la comtesse, le marquis, le guide, deux muletiers et moi-même. J'étais lasse et cassée de notre pérégrination tous les soirs et partais me coucher dès mon écuelle de soupe bue et mon quignon de pain grignoté. Mes repas étaient frugaux, je n'avais plus la force de mastiquer. Et ce n'étaient certainement pas les remontrances du marquis qui m'auraient encouragée à l'effort ! Cet homme, je vous le disais, est odieux. Que croyait-il avoir sous ses ordres ? Une oie à gaver ? Tous les soirs, il me forçait à siroter un vin du pays, noir, riche, chaud, qui me secouait le corps et m’assommait l'esprit en quelques secondes. J'essayais de me libérer de cette contrainte journalière en fuyant en catimini vers ma chambrée, mais le bras du marquis, rattaché à un colosse de 1m90, stature toute mythologique, d'un geste impérieux, me tendait une chope en terre avec le fruit des vignes mûri au soleil, additionné de miel et d'épices. Avez-vous été déjà ivre ? Le sale homme ambitionnait la fonction de m'abrutir tous les soirs. A croire qu'il ne fallait pas que je visse certaines choses ! Je suis prête à parier, qu'une fois sa tante et sa dame de compagnie, moi en l'occurrence, endormies, le sieur en question partait charmer les gourgandines aux appâts engageants. Oui ! Le marquis est un vicieux et un débauché. Si sa tante savait ! Mais comme mon père me l'a appris, je sais rester secrète. Chez nous, la discrétion est d'or. Savez-vous comment on m'appelait petite ? La tombe. Alors, je buvais son godet. Pas pour lui faire plaisir, non, mais pour ne pas contrarier Madame la comtesse qui est si bonne avec moi, si maternelle, si aimante et si attentive à mes états d'âme.

Nous sommes restés trois semaines. Le soleil était chaud et le printemps avait un air estival. La terre est rude, et la luminosité me rappelait mon île. Durant un laps de temps, j'ai eu la nostalgie de chez moi et j'ai été atteinte d' une langueur morose. Cela faisait trois ans que je n'avais pas vu ma famille. Je savais qu'au-delà de ces montagnes, il y avait la mer, et cette eau m'appelait. La saison pour un voyage en bateau était idéale, je pensais à cette traversée qui m'aurait menée aux miens. Je vais vous révéler une chose qui vous surprendra. C'est le marquis qui m'a proposée de prendre une disponibilité et à notre retour sur Marseille, d'embarquer sur le premier navire en partance pour la Corse. Que dois-je comprendre de cette amabilité ? Charmeur, affable, altruiste, prévenant, compatissant avec les autres, goujat avec moi. Cette gentillesse est une manigance ! J'ai su en confidence par la comtesse, que des fiançailles avaient été envisagées avec la fille du comte de Chanceuil. C'est parfait ! J'ai vu cette pimbêche lors d'une soirée donnée au château de Terre-Vendor, le fief des de Braze. Ils sont bien assortis tous les deux. Donc, le marquis avait été invité avec sa tante dans une résidence des de Chanceuil près de Marseille et il n'avait point l'envie d'être embarrassé par ma petite personne.

Oh ! Il faut que je vous raconte une péripétie. J'ai failli mourir et j'ai été sauvé par une fleur. Nous étions sur une sente tortueuse, escarpée et étroite, lorsque Madame vit une primevère glutineuse prisonnière d'une roche. Cette primula est référencée dans l'encyclopédie de Bergerac de Cluny et, en cette époque de l'année, avait une floraison précoce. Sa couleur était merveilleuse et nous espérions que le gel de silice la saisisse dans toute sa splendeur. Je me suis aussitôt proposée pour la lui ramener. Mettant pied à terre, je suis passée derrière Marguerite, ma mule, pour m'approcher du ravin. Ce que je n'avais pas prévu, c'est qu'à cet instant précis, une couleuvre a effrayé Marguerite, la faisant se cabrer et ruer de ses pattes arrières. Votre nouvelle amie aurait pu périr dans un gouffre alpin, déchiquetée par les crocs acérés de la montagne, en tombant de l'haridelle. Mais fort heureusement, je n'étais plus sur son dos. Non, j'étais écrasée par une poitrine qui m'enserrait jusqu'à l'asphyxie. Mes oreilles commençaient à bourdonner et j'entendais sourdement Madame la comtesse hurler « Lâche-la ! Lâche-la ! ». Je me disais, mais à qui parle-t-elle sur ce ton ? Figurez-vous, Chère Mademoiselle, qu'elle intimait cet ordre à son bourricot de neveu qui dans son affolement m'avait saisie contre lui et sa force brute me vidait de mon oxygène. Et là, cela n'aurait pas été votre aimable servante qui vous aurait relaté les faits, mais son fantôme ! La fin de l'histoire fut grotesque ! Alors, que je happais l'air à grandes goulées, j'adressais à mon amie un sourire rassurant. Elle avait encore ses petits poings tous crispés. Je lui dis en quelques palabres hachées que je devais ma survie à une très belle fleur, et que j'allais la lui cueillir... lorsque j'entendis un rugissement digne d'un titan. Monsieur le marquis me regardait, les yeux exorbités, rouge comme un coquelicot, à deux doigts de tomber en syncope. Sur le coup, j'ai cru qu'il avait été piqué par une bestiole, mais j'ai bien vite compris qu'il était en rage quand il a tourné les talons en tapant de façon hystérique dans chaque cailloux qui jalonnait son passage et en maugréant des incantations barbares. Je ne le savais pas, en plus, capricieux et orgueilleux. Que fallait-il croire ? Il aurait fallu que je le bénisse ? Que je lui clame des remerciements en alexandrins ? Que je fasse l'impasse sur l'indignité qu'il m'a faite subir ? J'ai tout de même était très très proche de lui, le nez dans sa poitrine dévêtue. Puis-je m'enhardir et vous divulguer une indélicatesse ? Certainement, nous sommes amies maintenant, n'est-ce pas ? Alors, le marquis est poilu. Vous rougissez ? Je me pâme d'aise ! Et ses poils sont soyeux et odorants ; il utilise une lotion parfumée qu'il fait venir des Antilles.

Bon, cessons ces fariboles ! Il m'a semblé que notre retour fut plus court. Je me suis retrouvée sur le quai du port, en présence de mon parrain le chevalier de Ramolino venu me chercher, puis très vite sur le Kallistê, contre le bastingage à agiter mon foulard, à verser quelques larmes, et à fixer le plus longtemps possible les deux silhouettes que je ne verrai plus, le temps d'un été, Madame le comtesse et Monsieur le marquis.

Mon retour dans ma famille fut un immense bonheur. Je vis mes parents toujours sémillants, ainsi que mon frère et sa petite famille. Mes neveux ont grandi et c'est seulement l'aînée de dix ans, ma petite Josépha, qui m'a reconnue. Rien est immuable en ce monde, mais mon village est resté semblable à mon souvenir. Je me suis recueillie sur les stèles des anciens, je suis allée visiter les derniers nés, nous avons partagé des fêtes, honoré nos Saints, j'ai aidé mon frère dans ses livres de comptes. Ma famille a l'un des plus grands domaines viticoles de l'île et mon frère a pris la direction de l'affaire depuis deux ans. Les mois ont été idylliques mais je languissais du domaine de Bois-Doré. Avoir le cœur entre deux lieux est épuisant. On se dépérit de l'absence de l'un, puis lorsqu'on le rejoint, on soupire après l'autre. Et vint le jour des adieux. Je ne m'appesantirais pas sur ce moment, j'en ai encore des sanglots.
Mon parrain me ramena sur le continent et nous primes la route du Berry ; un voyage long et fastidieux.
A Bois-Doré, je retrouvais ma chère amie, pétillante comme à son accoutumé, le bon abbé Verneuil, notre gouvernante Bonne Germaine, la cuisinière Madame Chancioux, le chef jardinier Monsieur Descharette qui me fit visiter la nouvelle serre exotique, armature de verre et de fer, et... vous ne devinerez jamais... notre guide alpin. Ma stupeur me fit bégayer lors des salutations. Il officie comme garde champêtre. Le garnement a en permanence un regard coquin, ce qui déplaît grandement à mon parrain et à l'abbé Verneuil. Ici, la concurrence est rude et Madame la comtesse en est transportée d'allégresse. Friponne, c'est l'adjectif que je lui décerne. Quant au marquis, je le laisse dans les méandres des préparatifs de ses accordailles. Il est retourné en Champagne dans son château. Dans une semaine, nous ferons nos malles et nous prendrons la route pour Terre-Vendor. Je vous raconterai les fastes des réjouissances. J'espère que je ne serai pas sollicitée pour les préparatifs, j'aimerais me retirer dans la bibliothèque du père du marquis, le duc de Clarence. Cette pièce est son antre et nous aimons tous les deux passer de longues heures à commenter nos lectures. Cet homme est charmant, je ne comprends pas qu'il ait pu engendrer un tel héritier !

Mon amie, je vous laisse, mais avant, je souhaiterais savoir si vous m'autoriseriez à vous nommer Aliénor.
Ecrivez-moi, racontez-moi votre alliance avec ce Rodolphe.

Je vous souhaite paix et délices.
Toute à vous, à notre amitié, à notre avenir,
votre amie Eugénie.



8 sept. 2011


La Valette, le 27 juillet 1835


Chère Mademoiselle de Gabeni,


Je prends la plume un peu inquiète de n'avoir à ce jour pas reçu de vos nouvelles. En effet, je vous ai fait parvenir fin avril, une longue missive que vous aviez reçue, je l'espère. J'ose croire que l'absence de votre réponse est due à de trop nombreuses occupations qui accaparent votre temps et non parce que je vous avais d'une façon ou d'une autre, blessée dans mon long épanchement.

Allez-vous bien ? Comment se passe votre été ? Je ne sais si vous rejoignez votre famille quelques jours ou si vous restez aux côtés de la comtesse de Mervent. D'ailleurs, je sais si peu de vous, sauf que votre lettre m'avait intriguée et émue aussi, et que j'avais l'envie que nous puissions devenir amie.

En espérant que cette lettre vous trouve en bonne forme, et dans l'attente de vous lire, recevez toute mon amitié.

Aliénor Beaulieu

5 mai 2011

Seconde lettre de Mademoiselle Beaulieu à Mademoiselle de Gabeni




La Valette, le 30 avril 1835

Chère Mademoiselle de Gabeni,

Me voici de retour dans la demeure familiale, après un rapide voyage chez mon oncle bien-aimé, le frère cadet de feu ma mère, dont l’Abbé Verneuil vous a peut-être parlé. J’ai dû m’absenter en urgence, appelé par la gouvernante d’Oncle Louis, qui s’inquiétait fort de sa santé. Il faut dire que le pauvre homme, bien qu’encore peu âgé, est déjà bien fatigué par la vie. Il faut avouer aussi qu’il a sans doute, comme on dit, brûlé la chandelle par les deux bouts. En effet, infatigable voyageur, ne tenant pas en place, curieux de tout, avide de rencontres et de découvertes, il a passé la plus grande partie de sa vie dans des contrées lointaines, et notamment en Egypte, pays dans lequel il a vécu de nombreuses années, à exercer divers métiers et commerces, puis comme assistant du professeur Champollion, avec lequel il a participé à la grande aventure du déchiffrage des hiéroglyphes. La mort de Champollion il y a trois ans l’a fortement abattu, de même qu’une autre disparition, une femme qu’il aurait aimée là-bas, et avec laquelle il aurait vécu hors liens du mariage.

Fort heureusement, il n’allait finalement pas si mal que cela et nous avons donc passé beaucoup de temps à trier ses papiers, classer ses archives, et parlé de sa vie, et de la mienne. Peut-être savez-vous par l’Abbé que c’est chez lui que je me réfugiai l’année dernière, quand mon avenir me semblait si noir et bouché. Ce fut lui aussi qui me fit entendre raison après mon escapade, et qui raconta à ma famille une version des faits qu’ils étaient capables d’entendre… Il me sauva donc la mise, et la réputation, à défaut de pouvoir changer le cours de mon existence. J’ai donc pour lui un attachement infini et une reconnaissance éternelle, car je suis certaine qu’un autre que lui se serait donné à cœur de salir ma réputation s’il avait su les détails de ma fuite…

Bref, me voici de retour, le cœur léger de le savoir en bonne santé, et d’avoir pu discuter de longues heures avec lui. J’ai tendance, voyez-vous, à écouter et suivre ses conseils, même s’il faut dans le cas présent que je me fasse violence.

Mais je m’égare et je m’épanche alors que nous ne nous connaissons pas encore, cela est tout à fait incorrect de ma part, et ne fait pas partie de mes usages, croyez m’en ! Il faut dire que votre lettre, charmante et fort bien tournée, m’a tout de même plutôt surprise et même un peu inquiétée… Je ne doute pas un seul instant de la discrétion de l’Abbé Verneuil, qui, en tant que mon confesseur, a bien évidemment eu le récit de toute l’affaire (bien qu’à mes yeux, il n’y ait pas vraiment eu « faute », mais c’est plutôt ce qu’en dirait l’opinion et le qu’en dira-t-on qui cataloguerait les faits comme une faute, encore faudrait-il que ceux-ci soient au courant de tout !).

Non, ce qui m’inquiète, ce sont plutôt ces rumeurs dont vous parlez, et qui plus est, seraient allées jusque dans votre lointaine contrée ! Fasse le ciel qu’un jour les nouvelles ne circulent pas plus vite que les hommes, à la vitesse de la pensée, ou pourquoi pas celle de la lumière ? Que deviendrions-nous donc ?

Je pensais mon secret bien gardé, mais n’est-ce pas le lot de tout secret d’être répété… Je vais donc, même si nous n’avons à ce jour pas eu l’occasion de faire connaissance, devoir vous dévoiler un peu de mon histoire, afin que l’opinion que vous vous ferez de moi se base sur des faits précis, tels que je les ai vécus, ressentis, plutôt que sur des racontars malfaisants.

En effet, votre seule lettre me porte à vous accorder mon amitié et ma confiance, de même que vos derniers mots : ainsi, vous auriez souffert autant que moi !

Commençons donc par le commencement. Depuis ma tendre enfance, j’ai passé de nombreuses heures à jouer, puis à travailler sous l’œil sévère de précepteurs, avec le fils de notre jardinier allemand, Johann. Nous avions le même âge et, lorsque nous étions enfants, rien ni personne ne pouvait nous séparer. Cependant, en grandissant, mes parents, et notamment ma mère, commencèrent à trouver cette amitié déplacée. Impossible pour eux d’admettre qu’une jeune aristocrate continue à frayer avec le fils d’un domestique, aussi bien élevé et charmant soit-il. Ainsi sont, et vous devez le savoir autant que moi, les traditions de notre milieu qu’il est difficile, voire dangereux d’enfreindre.

Mais j’étais jeune, et têtue. Aussi Johann et moi continuions à nous voir, en cachette cette fois-ci. Nous pouvions passer des heures à parler de nos lectures, de ce qu’on m’enseignait (car lui avait dû cesser de participer à mes cours pour apprendre le métier de son père), de nos désirs, de l’avenir qui s’ouvrait à nous, et que, dans notre innocence, nous imaginions aisé et heureux… Nous avions pris l’habitude de converser en allemand et c’est ainsi que je devins totalement bilingue en un temps record. Ce qui éveilla la curiosité mauvaise de mon frère, qui nous espionna et rapporta derechef à ma mère nos rencontres secrètes, en ajoutant sans doute quelques détails de son cru, puisqu’elle entra dans une colère noire et que je fus dans la semaine envoyée dans un pensionnat pendant que Johann était renvoyé dans sa famille, au pays.

C’était sans compter sur la solidité de nos liens et, grâce à la complicité d’une femme de chambre, nous pûmes échanger des lettres, qui, vous vous en doutez, devinrent, du fait de l’éloignement et du manque que nous avions l’un de l’autre, de plus en plus tendres… Nous planifiâmes de nous revoir en cachette. Mon bon oncle Louis me servit d’alibi, à son insu et Johann et moi nous retrouvâmes dans la belle ville de Lyon, atteinte après maintes péripéties.

Mais mon frère, encore lui, soudoya je ne sais comment notre entremetrice secrète (ou la menaça, je ne sais) et révéla aussitôt à mes parents toutes les lettres reçues que je croyais bien cachées, et aussi la date et le lieu de nos retrouvailles programmées. Et c’est ainsi qu’au soir de notre première journée lyonnaise sur les trois prévues, nous fûmes attendus devant l’auberge que Johann avait choisie par mon père et mon frère. Notre jardinier fut renvoyé illico et je fus ramenée, désespérée et en larmes, pour être enfermée à La Valette comme une criminelle.

Un choix me fut proposé : devenir derechef la dame de compagnie d’une vieille parente, que je détestais, ou bien accepter avec reconnaissance le mariage qu’on me proposait. C’est à cette période que je me réfugiai chez mon oncle bien aimé, qui ne me tint pas rigueur de l’avoir abusé, et qui me conseilla de me soumettre en acceptant le mariage, dans lequel, m’assurait-il, je pourrais trouver certainement certains agréments, voire de la félicité, et tout du moins plus de liberté qu’en tant que dame de compagnie. C’est à cette époque également que mourut ma mère, avant que nous n’ayons pu nous réconcilier…

Et c’est ainsi qu’on me fiança (me vendit ?) à un certain Rodolphe, industriel du Nord, que je dois à mon grand désespoir épouser cet été…

Mais je parle, je parle, et ne vous ai même pas confirmé l’accord de mon père pour céder à la Comtesse de Mervent les ouvrages qu’elle souhaite. Les documents nécessaires seront prêts sous peu. J’implore votre pardon pour m’être ainsi épanchée si longuement et j’ose croire que vous ne m’en tiendrez pas rigueur. Pardonnez aussi cette missive bien peu présentable… Et recevez mes salutations les plus cordiales.

Dans l’attente de vous lire,

Aliénor Beaulieu






18 avr. 2011

Réponse de Mlle Boissieu à la première lettre reçue

La Valette, le 14 avril 1835


Chère Mademoiselle de Gabeni,

J'ai bien reçu votre longue lettre, dont je vous remercie. J'ai prévenu mon père de la requête de Madame la comtesse de Mervent au sujet de l'encyclopédie et il paraît disposé à s'en séparer.
Je vous tiendrai au courant dans les meilleurs délais.
Transmettez au bon abbé Verneuil tout mon respect et mon amitié. Il fait partie de ces êtres que l'on ne peut oublier tant ils rayonnent de bonté, et représente le temps de ma vie où j'étais heureuse.
Je dois m'absenter ce jour-même pour des affaires urgentes, aussi n'ai-je malheureusement pas le loisir de vous répondre plus longuement. Sachez cependant, que vous aurez de ma part une missive plus conséquente dès mon retour, d'ici une dizaine de jours.
J'avoue également que vos paroles suscitent ma curiosité...

En espérant que vous ne m'en vouliez pas, je vous prie d'accepter, Chère Mademoiselle, mes salutations très respectueuses.



Aliénor Boissieu de la Valette





12 avr. 2011

Première lettre.



Bois-Doré, le 6 avril 1835

Chère Mademoiselle Boissieu,

Je me permets de vous écrire car nous avons en commun une connaissance, le bon abbé Verneuil qui a été, durant près de trente-cinq ans, le chanoine du petit village de La Vallette, berceau de votre lignée. Sa retraite, au fond de nos campagnes, est paisible. Il se plaît à nous dire que l'air du Berry farde ses joues comme celles d'un joyeux luron et lui restitue la vigueur de sa jeunesse. Je vous écris sur ses chaleureux conseils et à la demande de ma patronne Madame la comtesse de Mervent. L'abbé Verneuil est devenu un charmant confident, pour elle et ils se plaisent à parler de botanique à chacune de leur rencontre, d'une manière très passionnée et parfois virulente. Il n'est pas nécessaire que je vous retrace le caractère de l'abbé qui vous a baptisée, vu grandir et confessée. Vous savez que le Seigneur a fait de lui un homme croyant, charitable, généreux et digne mais aussi un homme à l'humeur taquine, exaltée et parfois coléreuse dans ses débordements. Tant de tempéraments séduisent Madame la comtesse qui prend plaisir à la répartie. Mais revenons au sujet de cette missive. Il paraît que votre famille a une très belle bibliothèque et que sa renommée émerveille les salons littéraires et scientifiques de la capitale. Il est aussi venu à nos oreilles que vôtre père souhaiterait effectuer des travaux d'agrément dans cette pièce et qu'il serait prêt à se séparer de quelques ouvrages de peu d'importance. Par la présente, Madame la comtesse désirerait savoir s'il serait disponible à lui céder l'encyclopédie en dix volumes de la faune et la flore des pays méditerranéens de Paul-Mathieu Bergerac de Cluny. Nous avons essayé de joindre Monsieur vôtre père, mais à ce jour, nos plis sont restés sans réponse. Chère Mademoiselle, je serais navrée de vous fâcher par cette énième demande, mais ces ouvrages sont devenus l'obsession de Madame la comtesse qui serait prête à donner à votre famille le dédommagement que vous estimerez. Il suffit d'en informer le secrétaire de Monsieur vôtre père qui fera les démarches auprès de nos avoués Maîtres Flaubert-Cohen et Associés à Paris et qui ont tout pouvoir pour cette transaction. Je vous prie de recevoir les salutations amicales de l'abbé Verneuil et celles de Madame la comtesse de Mervent.
Si vous désirez et si vous avez la moindre préoccupation, vous pouvez m'écrire et je répondrai sur l'instant à votre requête. Je voudrais vous entretenir aussi d'un sujet bien plus personnel et qui, je ne voudrais surtout pas qu'il vous navre, concerne votre situation actuelle. Sachez encore, Chère Mademoiselle, que l'écho des rumeurs qui se distille jusque dans l'Indre n'est que fond de vase. L'abbé Verneuil ne parle pas que de fleurs, il aime à nous rapporter la joie qu'il avait à vous écouter chanter et jouer du piano et la fierté de vous voir vous épanouir. Il a dans le regard l'enchantement des souvenirs. Vous étiez pour lui un séraphin. Alors, lorsque des avanies parviennent à son écoute, il se désole, s'irrite et ne pense qu'à vous. Et avant de vous quitter, je voudrais vous avouer, et vous comprendrez d'où vient ma compassion, que ce que vous subissez, je l'ai vécu avant vous.

Dans l'attente de vous lire, je vous adresse, Chère Mademoiselle, mes salutations les plus respectueuses.


Catherine-Eugénie de Gabeni
Dame de compagnie de Madame la comtesse de Mervent
Domaine de Bois-Doré

29 mars 2011

Aliénor Boissieu de la Valette

   Je me nomme Aliénor Boissieu de la Valette, dite Lili, et j’ai tout juste vingt et un an. Je suis née le 21 Octobre. On vient de me fiancer par intérêt avec un homme fortuné, pour éponger les dettes de jeu de mon père. Je ne sais pas si j’aurais eu ce traitement si ma mère vivait encore, et je regrette énormément de ne pas m’être réconciliée avec elle avant qu’elle nous quitte.
   Physiquement je me trouve quelconque, même si on me dit jolie, malgré ma peau très claire et mes cheveux tirant sur le roux à qui je dois des taches de rousseurs que j’ai en horreur. Mes yeux verts sont trop facilement remplis de larmes.
   Je n’ai pas un tempérament facile sous des apparences de fille très sage, et je suis plutôt tout feu tout flamme. J’ai eu une bonne éducation, d’abord à la maison, puis en pensionnat, ce qui fait que je suis plutôt lettrée. Je suis plutôt accomplie, comme toute fille de mon rang doit l’être, et je joue bien du piano, sais coudre, chanter, et tout ce qu’il faut. Mais même si je n’ose pas l’avouer, j’ai tendance à m’ennuyer à devoir jouer les jeunes filles parfaites.

   Je suis le personnage de Liliba...

28 mars 2011

Catherine-Eugénie de Gabeni

Je m’appelle Catherine-Eugénie de Gabeni mais on me surnomme Génia. Je suis d’origine Corse et j’aurai 25 ans le 20 septembre prochain. J’ai un visage fin, des cheveux châtain clair aux reflets blonds et une peau pâle et rosée. Je suis petite et mince. Mes parents vivent modestement en Corse, car bien que venant d’une famille aisée, mon père a été déshérité pour avoir épousé la femme qu’il aimait contre l’avis de sa famille. J’ai aussi un frère qui a deux petits garçons et qui vit auprès de mes parents. Quant à moi je suis gouvernante et dame de compagnie dans une bonne famille. Ma patronne, la comtesse de Mervent, est très protectrice à mon égard. Il faut dire qu’elle a eu une aventure sentimentale très mémorable avec mon parrain, le chevalier de Rochemort.

Je suis une jeune fille très énergique et jamais malade, gaie sensible et romantique. Je suis aussi assez secrète et réservée mais je sais être disponible et dévoué pour les gens que j’aime. La fidélité, la gentillesse, la générosité et la curiosité sont mes qualités mais je suis peut-être un peu trop gourmande et rancunière. Mon frère dit que je suis fière et susceptible, quant à moi j’aimerais surtout être moins timide.
J’ai eu une bonne éducation que j’ai complétée par ma curiosité naturelle. J’aime la broderie, la couture, la lecture et la peinture dans laquelle je m’exerce médiocrement tout en persévérant. J’avoue avoir peur des fantômes et autres diablerie du même genre...

Je suis le personnage de Syl. ...